Actualité

L’Édito

13 juillet 2022

Par Julie van der Kar,
Coordinatrice du Festival Alimenterre

Les récits postapocalyptiques, de science-fiction, d’anticipation sont à l’honneur cette année au Festival Alimenterre grâce à la collaboration avec le BIFFF, tant ils sont matière à penser. À quoi aspirons-nous ? Le festival invite à questionner nos imaginaires, à nous outiller pour penser autrement, à incarner de véritables utopies lucides dénotant avec ces sombres scénarii proches de la dystopie et de l’apocalypse.

Ce à quoi nous sommes confrontés aujourd’hui n’est-il pas l’effondrement de notre croyance dans le progrès technique ? Peut-être que notre tendance à nous croire maîtres et possesseurs de la nature, nature qui nous serait extérieure, laisse apparaître aujourd’hui quelques failles ? La pensée de Philippe Descola sera au cœur du film d’ouverture Composer les mondes d’Eliza Levy. L’anthropologue nous a fait reconsidérer l’idée de nature. Sa pensée a profondément influencé l’écologie et dessine la voie d’une nouvelle relation entre les humains et le monde dans lequel ils sont plongés.

Il sera aussi question de solutions pour faire revivre nos campagnes (La Restanza), d’en finir avec la surpêche (Dremmwel et Stolen Fish), du rôle des femmes dans l’agriculture (Semeuses de vie), des luttes écologiques et anti-impérialistes sur le continent africain (Les Voix Croisées), de repenser les rapports de domination postcoloniaux dans le monde (White Cube), des ripostes contre l’exportation de pesticides interdits (Z.U.T.).

Le Festival Alimenterre, ce sont avant tout des projections de films esthétiques et politiques avec la présence d’experts, de témoins du monde agricole et de cinéastes, mais également des rencontres ancrées dans l’actualité, en collaboration avec le festival Nourrir Bruxelles. Un grand débat sera consacré à la guerre en Ukraine et les solutions durables à implémenter face à la menace de la crise alimentaire. Un autre grand débat (le Forum) portera sur l’enjeu de la relocalisation de l’alimentation tout en évitant le risque du protectionnisme et du repli sur soi. Dans le contexte d’une paupérisation grandissante, il est utile de rappeler que l’accès à l’alimentation pour tous est un droit humain fondamental. Le festival entend donc appeler à une solidarité tant au coin de la rue qu’au coin du monde, en faisant connaître les actions et solutions proposées par des porteurs d’alternatives et d’initiatives pleines de sens en Belgique et au Sénégal (Khady Thiané Ndoye, chargée du programme « Accès durable à une alimentation saine et nutritive » de CICODEV, sera l’invitée d’honneur), et en organisant des décentralisations afin de sensibiliser des publics plus fragilisés, plus éloignés des lieux culturels.

Regardons l’avenir avec humilité. Savez-vous d’où vient le nom humilité ? De humus, la terre… L’agriculture est l’art d’honorer la terre. Dans l’encyclopédie de Diderot et D’Alembert, elle est définie comme le plus beau et le plus essentiel des arts. L’enjeu de l’agriculture est de nourrir les hommes, mais aussi de vivre avec la terre, de l’aimer, de l’honorer. Aujourd’hui, nous nous en sommes bien éloignés. L’agriculture est devenue une agri-technique. Cette agriculture productiviste tue la terre et ceux qui la cultivent. Étrange paradoxe ! Alors, continuons-nous d’aller droit dans le mur ? Si les constats néfastes sont nombreux, les solutions le sont aussi. L’agroécologie, par exemple : solution à la pauvreté rurale, mais aussi à la malnutrition, au changement climatique ou à la perte de biodiversité.

Cultiver pour refaire du lien, reconstruire un contrat social les pieds dans la terre, les mains dans l’humus et l’esprit dans le monde. L’agriculture écologique n’est ni une alternative ni un phénomène de mode. C’est une urgence. Nous n’avons plus d’autre choix que de changer notre alimentation, notre relation à la terre, au territoire, au vivant, à l’autre.

Ne ratez pas cette édition du Festival Alimenterre : quittons notre salon transformé en centre de loisirs et la « civilisation du cocon » pour venir créer du lien, du collectif, de l’enthousiasme, une puissance d’agir dans l’urgence environnementale et sociale d’aujourd’hui.

Rejoignez-nous du 13 au 17 septembre !